Certains des moments les plus précieux que j'ai vécus en Minganie se sont déroulés dans la contemplation plus que dans l'action.
Les pieds plantés dans le sable, à scruter un spectacle immersif que certains croient statique mais qui se déroule en réalité sur une multitude de plateaux à la fois. À l'avant-scène, les oiseaux de rivage courent devant l'aboutissant de la vague qui les repousse toujours un peu plus loin. La marée est au montant et va recouvrir les fonds marins tantôt dénudés. Les vagues s'explosent sur le rocher qui leur bloque le chemin. Les phoques sortent la tête et nous observent en train de les observer. Anticosti me nargue. Des kayaks longent la rive. Un paquebot navigue au loin. Les nuages s'alignent sur la rive-sud. Entre les deux… Est-ce une queue ou un breach ?
Cette mise en scène est en constante mouvance et c'est ce qui la rend fascinante. Et moi, devant ce tableau fabuleux, je suis bien ancré sur ma chaise pliante, à susurrer ma Walker ambrée, à quelques pas de Hobo, mon vieux VR, heureux comme un prince de revenir en Minganie pour une Xième fois.
La Côte-Nord possède certaines des plus belles plages du monde. L'eau est glaciale, j'en conviens. Mais le fait que quelques campings de la région nous permettent de monter la tente près des hautes herbes, juste au bord du fleuve. Ou d'y garer notre maison voyageuse, comme dit ma compagnie d'assurance, est un privilège unique. Que l'on puisse se gaver de cette intimité enveloppante avec l'environnement marin. Sentir ses effluves. Entendre sa mélodie obsédante bercer la nuit. Frissonner dans ses brumes et jouir de ses rares chaleurs. Tout cela, et bien d'autres bonheurs, détermine la valeur de moments aussi inestimables que rarissimes.
Où ça ?
Ces endroits magiques qui permettent aux campeurs de vivre le dépaysement ultime du voyage, on les compte sur les doigts d'une main en Minganie. Les habitués les connaissent bien et font tout afin de partager leur enthousiasme. Mais, chacun a ses secrets.
Au fil de la Route des Baleines, Longue-Pointe-de-Mingan reste sans contredit la capitale du camping côtier sur plage. Ses deux campings voisins, celui de la Plage et celui de la Minganie, forment un petit hameau d'aventuriers qui sympathisent et s'émerveillent du constant spectacle du Saint-Laurent. Et quel village agréable avec sa longue promenade en bord de mer.
Le Camping municipal de Havre-Saint-Pierre s'avère très intéressant également. Sa plage est sans fin, jusqu'à la ville où s'organisent des visites dans l'archipel de Mingan, un incontournable.
À Natashquan, au camping Chemin Faisant, on a que la dune à enjamber pour accéder à la mer et la plus belle plage du secteur, au cœur du village, n'est qu'à quelques kilomètres de là.
Beaucoup plus en amont, j'ai aussi vraiment aimé le camping municipal de Godbout qui se trouve au bout de la rue principale, à quelques pas de la magnifique plage dans l'estuaire de la rivière. On s'y serait cru aux Bahamas sous le soleil.
J'avoue cependant mon penchant envers le petit camping d'Aguanish, le Relais des Cayes, dont les quelques emplacements sans services situés en haut de la plage, à travers la scirpe d'Amérique et la gesse maritime, représentent une forme d'idéal pour tout amant d'environnement marin, de grand apaisement et d'abondance de beautés.
Par Yves Ouellet