Sur la Côte-Nord comme ailleurs, le monde du camping a beaucoup évolué depuis la pandémie.
Les amateurs se souviendront de la période folle de camping « sauvage » durant la fin de la réclusion. Nombre de campeurs ont alors pris un peu trop à la lettre le slogan « camping en liberté », abandonnant toute forme de respect et de règles élémentaires.
En réaction, les municipalités ont d'abord serré la vis puis ont enfin normalisé les choses en créant des Haltes VR. Il s'agit généralement d'espaces sans service offerts gratuitement ou à petit prix, pour une période de 1 à 3 jours. Et, chose particulièrement intéressante sur la Côte-Nord, ces haltes sont souvent situées à des endroits exceptionnels.
Baie-Trinité et les naufrages
Le hameau de Baie-Trinité abrite le Centre national des naufrages du Québec, un petit centre d'interprétation qui n'a rien de prétentieux (sauf son nom) et qui vous en apprendra beaucoup sur les très nombreux naufrages qui sont survenus dans ce segment du golfe du Saint-Laurent.
Je vous incite ensuite à parcourir la rue Poulin, voisine du centre d'interprétation, et le chemin de l'Anse-aux-Bouleaux jusqu'à la halte de la Pointe-à-Poulin qui peut accueillir quelques petits VR seulement. Un secret à ne pas trop partager…
Rivière-au-Tonnerre, la chute et le village
Toute la Côte-Nord est découpée par des rivières plus grandioses les unes que les autres. Rivières à saumon minces et translucides, larges et légendaires, parsemées de rochers et de fractures.
Venant des hauteurs du Bouclier canadien, ces rivières tumultueuses déferlent et se brisent en approchant leurs estuaires, avant de se jeter à la mer. C'est le cas de la sublime rivière Manitou, à l'ouest de Rivière-au-Tonnerre. Pour le prix minime de l'accès au sentier qui longe les paliers vrombissants de la chute, vous pourrez passez la nuit sur le stationnement.
Si nous avons tant aimé passer trois jours à Rivière-au-Tonnerre, c'est que la municipalité met gratuitement à la disposition des voyageurs des emplacements sans services mais dotés d'une vue extraordinaire. De plus, nous y avons rencontré des campeurs hyper sympathiques avec lesquels nous avons vraiment passé de très bons moments. Ça contribue énormément aux joies du camping.
Les villageois ne se gênent pas pour venir nous parler et nous raconter leur vie avec enthousiasme, photos à l'appui. Deux bonhommes de mon âge nous ont même préparé un feu de plage pour nous convier à une discussion à bâton rompu. Je pense qu'ils s'ennuient des visiteurs durant le long hiver...
Baie-Johan-Beetz, l'irrésistible
Si vous arrivez à vous trouver une place à peu près droite sur le sol rocailleux de la Pointe-à-la-Perche avec votre VR, ancrez-vous solidement et partez à la découverte de ce village coup de cœur et de son héros. La municipalité a voulu développer un camping ici, près de l'ancien quai, mais comme elle n'a trouvé personne pour s'en occuper, on peut y séjourner gratuitement. Les campeurs profitent de quelques emplacements dotés de carré de tente. Toilette sèche. Belle rando sur la pointe. Panorama grandiose.
Kegaska, une halte pratique
Devant l'arrivée importante de VR qui ont afflués avec la prolongation de la route 138, en 2023, la municipalité de Kegaska a réagi en aménageant sommairement un assez large espace aux abords d'une petite baie. Ce stationnement « buldozé » offre un panorama agréable et un super coucher de soleil. C'est gratuit et sans service mais, on peut déposer une contribution volontaire.
Outre la très photogénique épave du Brion, il n'y a rien à faire ou à voir dans cette communauté de pêcheurs anglophones qui semble très peu se soucier de la visite. Il faut aussi se photographier devant les affiches de la fin de la route 138 (s'il les ont remplacées depuis notre passage puisqu'elles avaient été dérobées).
Par Yves Ouellet