Certains sont nés ici, d'autres reviennent année après année. Certains rêvent de s'installer chez nous, d'autres l'ont fait sans jamais regarder en arrière. Pour sa nature ou pour ses communautés, pour ses baleines ou même pour son roc… des amoureux de la Côte-Nord nous racontent pourquoi ils font leur vie ici. Dans le premier volet de cette nouvelle série : Camille Robidoux-Daigneault, enseignante au Cégep de Baie-Comeau. Comment ouvre-t-elle la voie de l'escalade nord-côtière?
« Je suis ici parce que je suis tombée en amour avec la ROCHE; avec le granit qui est partout sur la Côte-Nord. » Voilà, c'est dit et Camille Robidoux-Daigneault l'affirme candidement : « Je ne suis pas venue sur la Côte-Nord pour l'escalade, mais je pense que j'y suis restée exactement pour ça. » Confortablement assise au pied d'une de ses falaises qui l'envoûtent tant, Camille réfléchit à haute voix. « J'adore mon travail, mes collègues, ma vie ici… mais l'escalade est vraiment pourquoi je me suis enfargée à Baie-Comeau. D'avoir des secteurs à cinq minutes de chez moi, où je peux aller en vélo… ça m'a vraiment enracinée. »
Sur sa droite, le roc du Bouclier canadien grimpe vers le ciel bleu. Sur sa gauche, quelques mètres de terre, de gravelle puis un plan d'eau qui reflète les rayons du soleil. Casquette, équipement à la taille, Camille Robidoux-Daigneault, 35 ans, est prête à s'élancer. Son conjoint est aussi « un crinqué d'escalade » - dixit Camille. Ensemble, ils ont vécu la vie montréalaise avant de goûter à celle nord-côtière. En 2019, ils ont abouti à Havre-Saint-Pierre, puis en 2020 à Baie-Comeau, où la native de la Rive-Sud de Montréal enseigne la littérature au cégep. « En arrivant, j'ai réalisé que la roche est vraiment, vraiment partout, s'éprend-elle. Et pour tous les types d'escalade : du bloc, de l'escalade traditionnelle, des parois qui ont du potentiel pour de l'escalade sportive. Certaines choses étaient développées, mais je voyais une infinité de possibilités. »
Camille s'est rapidement construit un cercle social de grimpeurs et d'amoureux de la nature. « On s'est formés ensemble, raconte-t-elle. En travaillant avec la FQME [Fédération québécoise de la montagne et de l'escalade], on a organisé un stage pour apprendre à ouvrir des voies d'escalade dans les règles de l'art. » Dans son passé montréalais, Camille était déjà une avide grimpeuse; la Côte-Nord lui a donné envie de se hisser au niveau supérieur.
Sa Côte-Nord, à son image
Au sol, le matériel d'escalade s'empile… cordes, sacs, équipement de sécurité. À quelques minutes à peine de la 138, Camille vide sa voiture. « Aujourd'hui, on initie Marion à l'escalade extérieure, annonce-t-elle. Tu en as fait à l'intérieur? » « Oui, j'ai fait un peu de tout », lui répond Marion. « Parfait, ici, c'est le secteur le plus propice pour passer du plastique au rocher en escalade sportive sur la Côte-Nord, révèle Camille. Les points sont assez rapprochés. Ç'a été conçu pour ça. » Camille se tourne vers son amie, Virginie Poirier, en visite dans la région. Virginie a récemment déménagé ses pénates au sud du Saint-Laurent, mais dans son cœur, la Côte-Nord n'est jamais bien loin.
« Camille, c'est une pionnière de l'escalade sur la Côte-Nord, affirme Virginie. Sans elle, tout ce qu'on a fait ici à Baie-Comeau n'aurait pas pu exister. » De son propre aveu, Virginie se définit davantage comme une personne « de sentiers ». « Mais Camille est ultra rassembleuse, ultra inspirante aussi, confie-t-elle. Sa passion pour l'escalade est vraiment contagieuse. Quand je l'ai rencontrée pour la première fois, ça faisait deux heures qu'on jasait… et on a décidé de partir un club d'escalade. » C'est ainsi qu'est né Grimper la Côte, club désormais affilié à la FQME. « Je le dis souvent : quand tu as une passion sur la Côte-Nord, tu ne peux pas juste la consommer, il faut que tu en deviennes acteur, reprend Camille Robidoux-Daigneault. Parce que ça ne se fera pas tout seul. Peu importe la discipline, il faut que tu te mouilles, il faut que tu mettes la main à la pâte. » Et pour l'escalade, Camille, présidente de Grimper la Côte, mène la cordée.
Ouvrir des voies : façonner l'écoaventure
« Brosser, purger de la roche, percer des trous pour que les grimpeurs puissent en profiter, raconte la grimpeuse. Ça ne paraît pas, mais ça implique énormément de travail. On arrive sur une paroi vierge. On va réfléchir où mettre nos points de progression. Où mettre nos scellements dans la voie pour mousquetonner et s'encorder, c'est beaucoup de réflexion. » Camille Robidoux-Daigneault explore les parois naturelles comme d'autres lisent une carte. Elle repère une ligne de grimpe, imagine le mouvement, puis transforme la paroi encore vierge en expérience plein air. Voilà sa vraie passion : ouvrir des voies d'escalade, établir des parcours que d'autres pourront escalader. « Je suis super fière de ce qu'on a créé avec Grimper la Côte, avoue la présidente. Les gens qui viennent en vacances arrêtent ici, au Petit Malfait. Avoir affilié le site le met sur la carte. » Littéralement, sur celle de la FQME, car le Petit Malfait est le troisième site nord-côtier officiellement reconnu par la fédération, après la Baie des tous nus et Gallix (voir encadré).
« La Côte-Nord, ce n'est vraiment pas juste la mer, c'est la ROCHE », insiste (encore) Camille en riant. C'est vraiment mon souhait que, dans quelques années, on dise : “Aille, la Côte-Nord, c'est vraiment le spot pour l'escalade.” Ça commence! On est en train de devenir une place reconnue. » En attendant, ce n'est certes pas les parois à développer qui manquent. D'ailleurs, Grimper la Côte travaille à concrétiser un autre « gros, gros projet » près de Baie-Comeau. Celui-ci profitera autant à la communauté locale qu'aux touristes et cela, c'est très important pour la présidente : démocratiser le sport pour tous les niveaux et tous les grimpeurs, d'ici et d'ailleurs.
« Amuse-toi bien Cam », lui lance Virginie qui « l'assure » au pied de la paroi, corde en main. « Cette voie s'appelle “La Voie du peuple” », s'exclame Camille perchée à quelques mètres. « Elle porte bien son nom, c'est la voie la plus populaire ici. » D'ailleurs, Marion s'y élancera dans quelques minutes après Camille, qui progresse rapidement. Sur la Côte-Nord, l'escalade n'est pas qu'un sport : c'est une manière de sentir le territoire, de développer des sites durables et de pratiquer l'aventure responsable, que ce soit sur la roche en été, la glace en hiver - parfois les deux à la fois. Et pour Camille Robidoux-Daigneault, l'escalade est un solide ancrage dans sa nouvelle vie. « Mon avenir est sur la Côte-Nord », a-t-elle pris soin de confier quelques minutes avant son ascension. « On ne peut pas faire autrement que de rester. On ne se voit sincèrement pas ailleurs pour mille et une raisons. » Et au sommet de cette liste : les voies de l'escalade qui murmurent le bonheur dans le roc du Bouclier canadien.
L'escalade sur la Côte-Nord : trois sites affiliés à la FQME
Baie des tous nus - Premier site nord-côtier affilié à la FQME, il a se trouve directement sur la plage près de Port-Cartier. « La hauteur conviviale des voies offre une vue splendide sur la mer où, à l'occasion, on peut apercevoir baleines, phoques et divers oiseaux marins », décrit la FQME sur son site web.
Gallix - « Le Palais de glace fait la réputation du secteur de glace et est la paroi la plus grimpée », affirme la FQME. Situé près de Sept-Îles, Gallix est ouvert à l'année, offrant successivement de l'escalade sur roche, sur glace et mixte.
Petit Malfait - « Le Petit Malfait est le site tout indiqué pour se familiariser avec l'escalade sportive », estime la FQME. « Si le nombre de voies y est pour l'instant limité, la légende dit qu'on peut y grimper une des plus belles 5.7 du Québec! » À quelques minutes de Baie-Comeau, c'est un arrêt obligé pour tout grimpeur en expédition sur la Côte-Nord.
« La Côte-Nord est une super belle région pour découvrir l'escalade, il y en a pour tous les goûts : on a du bloc, de l'escalade sportive, de l'escalade traditionnelle. C'est super varié et c'est très effervescent. Il se passe beaucoup de belles choses pour tous les niveaux. »
Camille Robidoux-Daigneault, présidente du club d'escalade Grimper la Côte