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Minganie, trésor du Québec
Crédit : Mathieu Dupuis

Ça fait kétaine. Je le sais. Mais, je ne peux écrire « Minganie » sans avoir le goût d'y ajouter « chérie » comme je l'ai fait quelquefois dans mes titres de reportages. C'est un peu pour que ça rime comme dans une chanson country. Mais c'est surtout pour exprimer à quel point j'aime ce territoire austère, sa mer à l'infini et ses îles fabuleuses droit venues d'un autre univers. Avec Anticosti, mon obsession, qui trône au large de ce monde.

La Côte-Nord est magnifique mais c'est en Minganie, entre Rivière au Tonnerre et Natashquan, qu'elle devient sublime. Plus de 300 km d'un littoral éblouissant, le long duquel alternent les communautés autochtones et québécoises, toujours fidèles à leurs origines innues et acadiennes. Ça s'entend, ça se voit et ça se goûte.

Le frère Marie-Victorin y a identifié une végétation unique et fascinante. Gilles Vigneault nous a fait connaître ses personnages plus grands que nature. Et, maintenant, une horde de touristes plus grande que jamais découvre ses charmes avec ravissement. Je me suis joint à eux la saison dernière. J'ai mis de côté les classiques, comme l'archipel bien connu, pour y chercher quelques trouvailles à l'écart.

Au fil de la 138

Dès l'entrée en Minganie, comment ne pas tomber sous le charme de ce village carte postale qu'est Rivière-au-Tonnerre. S'y balader est un plaisir de chaque instant. Il y a une très agréable marche à faire sur les rochers, juste à l'embouchure de la baie. Puis, pour ceux et celles qui se demandent d'où vient ce nom pittoresque, il faut parcourir le sentier des Petit et Grand Saults qui l'ont inspiré.

Le village suivant, Magpie, a aussi quelques propositions intéressantes de courte rando sur des sentiers qui mènent aux belvédères de l'Anse à Zoël et de Magpie. Non seulement y admire-t-on un panorama côtier typique de rochers, de plage et de cayes (grosses pierres immergées à marée haute) mais aussi une végétation maritime caractéristique, riche de petits fruits dont la précieuse chicoutai, le bleuet et plein d'autres.

On traverse la majestueuse et grandiose rivière Saint-Jean, fréquentée par le saumon, l'omble et la truite de mer, qui s'étire sur 240 km à-travers le Nistassinan, de la forêt boréale à la taïga maritime. Le camping municipal se trouve à l'embouchure.

Près des ponts qui enjambent les rivières, on trouve souvent des belvédères ou des sentiers qui permettent d'admirer les cours d'eau en hauteur ou de la berge. Le pont de la rivière Natashquan est le meilleur exemple de ça.

Continuons sur la 138. Dans la communauté innue de Mingan, tout près de la belle petite église de St-George de Mingan, j'ai retrouvé la pierre tombale de celui qui a construit ce temple de bois en 1918-1919, John Malony. C'est lui qui a inspiré le personnage de Jack Monoloy qui a fréquenté la mère de Gilles Vigneault sans espoir de pouvoir l'aimer. L'église de bois constitue une pure merveille. Elle illustre avec émotion et simplicité le lien encore fort entre l'Église et les Innus.

On arrive à Havre-Saint-Pierre et au rutilant centre d'accueil du parc national de L'Archipel-de-Mingan. Un incontournable, tout comme la superbe Place des artisans et la Poissonnerie du Havre. Trois endroits voisins.

Douze kilomètres à l'est de Havre St Pierre, des campeurs m'ont conseillé d'aller voir Cap Ferré. Un long rivage qui donne l'impression de se retrouver sur l'île Anticosti qu'on distingue au large. Même type de végétation horizontale, couchée au sol par les vents. Mêmes petits fruits et plantes alpines. Même galets qui bordent le rivage. Même géologie stratifiée, incrustée de fossiles. Même reef, comme un plancher rocheux qui s'incline lentement vers le large. Anticosti tout craché.

Il reste le plus pittoresque de tous. Le hameau de Baie-Johan-Beetz. Si vous pensez qu'il ne mérite pas qu'on s'y arrête… Détrompez-vous ! Parcourez ses trottoirs de bois. Admirez le Château Johan-Betz à partir de la Promenade des amoureux. Allez jusqu'au quai puis jusqu'au bout de la Pointe-à-la-Perche jouer sur les rochers. Surtout, demandez à votre téléphone qui était Johan Betz. Quelqu'un d'unique vous verrez.

Par Yves Ouellet

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