Au moment où je suis descendu de mon VR avec, devant moi, ce lac qui se prolongeait dans le lointain jusqu'à toucher le soleil en déclin, j'ai regretté de n'être jamais venu ici plus tôt.
En effet, depuis près de 40 ans que je sillonne la Côte-Nord de bout en bout, je suis passé je ne sais combien de fois devant l'affiche brune de la Sépaq, à la jonction de la route 138 et de la réserve faunique Port-Cartier-Sept-Îles.
En 1997, j'écrivais dans la première édition de mon guide de voyage Ulysse sur la Côte-Nord : « Les lacs Arthur et Walker, dans le nord du territoire, sont particulièrement remarquables… » Wow ! Avant l'avènement d'internet comme outil de recherche, c'est tout ce que je pouvais en dire, n'y étant jamais allé moi-même. Vingt-huit ans plus tard, ce sont les commentaires dithyrambiques de mes amis qui m'ont incité à y faire une escale que je ne pourrai jamais regretter. Si ce n'est pour la crevaison faite sur son chemin de 28 km.

Il faut aussi que je vous dise que j'ai écrit deux beaux livres ainsi que des centaines de reportages sur le fjord du Saguenay et que l'argument décisif qui a motivé mon intérêt était une éventuelle parentés entre le fjord et le lac Walker. Chose que j'ai constatée au premier coup d'œil.
En réalité, celui qui porte le nom d'un amiral venu conquérir Québec avec une flotte imposante en 1711 mais, qui fut défait par une tempête assassine, a presque tous les attributs d'un fjord. Il en possède la majesté, la lourdeur et le gigantisme. Il ne lui manque de la longueur et une connexion avec la mer pour le surclasser largement puisque ses parois sont beaucoup plus élevées que celles du Saguenay. Voilà qui m'impressionne beaucoup et me fascine.

Le majestueux lac Walker, un lac glaciaire de plus de 30 km de longueur, ne donne pas sa place non plus en termes de profondeur en se classant au 2e rang au Québec, à 280 mètres.
Pour ce qui est du camping, deux sites se voisinent. Le premier donne directement sur une belle plage de sable blond. Il regroupe principalement les familles et les habitués. Le second occupe un espace gazonné et on y retrouve les voyageurs, en van ou sous la tente. Tout cela, carrément devant le spectacle éblouissant du lac.
Bien des visiteurs viennent dans la réserve pour la qualité de la pêche. Il ne faut cependant pas négliger les propositions de randonnée pédestre dont le sentier de la Tour, un 8 km (aller-retour) avec un niveau de difficulté considérable. Après avoir gravi trois caps, on cumule un dénivelé positif qui doit côtoyer 500 mètres sur une distance relativement courte. Mais, quelle récompense une fois le sommet atteint d'admirer le lac et son écrin géant dans toute leur vastitude. Là-haut, on distingue bien les traces du feu qui a dévoré une partie des deux rives du lac en 2024, sautant près de 2 km au-dessus de l'eau et laissant un tableau naturel dramatique.

Le sentier de la Tour bat tous les records en fait d'abondance de petits fruits. D'autres randos plus courtes sont offertes.
De retour au camping, nous partageons tous le moment magique du coucher du Roi, tout au bout des falaises dénudées lui formant un baldaquin couvert de nuages qui rougissent de plaisir chaque soir.

Par Yves Ouellet